TEXTE DE

JULIEN BRUN  

Corpus Naturae par Sabrina Ambre Biller

« Un souffle s’envole
Silence
Errance
Une caresse frivole »

L’obscurité s’empare du ciel. Mes yeux se ferment. S’ouvre un monde invisible, peuplé de formes mouvantes, indécelables. Un monde empli d’offrandes, constellé de paradoxes où les mots s’égarent, virevoltent dans une encre éparse et fugace. Des mots qui chantent dans une langue que je ne connais pas. Une langue qui me parle, qui dessine un rêve. Mon corps éveillé transpire, les yeux me piquent, ma gorge s’assèche, mon cœur bat plus vite. Au loin, une ombre chinoise enivre de sa silhouette chatoyante la voûte céleste. Une atmosphère douce et sereine. Un camaïeu de bleus grandiose. Une frange nacrée d’étoiles apparaît, brille, scintille et renâcle à s’éteindre pour mon plus grand plaisir. Elle monte tel un panache phosphorescent où les étoiles ondoient jusqu’au zénith. Une quête de sens n’ayant ni queue ni tête, peuplée d’images aux formes ambiguës, de bouts de vie qui se mélangent, s’assemblent, s’harmonisent. La nuit avance, joue à cache-cache, s’effiloche. Elle murmure, proteste ou chante. Je l’écoute, essayant de deviner ce qu’elle dit. Un prisme de mots qui vient de si loin, d’une autre galaxie. Des mots qui laissent échapper une douce traînée de poussière. Je leur imagine un visage, une histoire, une âme. Qui sont-ils ? Des effets lumineux ou des arabesques étoilées aux reflets de verre. Un songe épique à l’onctueux flux et reflux si abstrait. Des prunelles d’ange virevoltant par magie au-delà des nuages. Un feu follet d’étoiles ou un halo d’éternité qui réchauffe mes sens. Un bleu violine, intensément lumineux, qui me guide dans l’au-delà. Une nuée d’astres aux reflets saccadés où retentit un chant d’amour. Des fleurs épanouies dans un ailleurs lointain où naissent mes pensées. Des flocons de neige ou des pétales givrés, blancs comme l’innocence. Des mirages utopiques ou des horizons illusoires qui, vagues et fluides, au loin disparaissent. Des millions d’yeux aux fines iris déployées qui me dévisagent. Une calligraphie sauvage ou une toile de maître, dépravée ou cocasse, qui s’affiche insolemment. La pale clarté d’une nuit magique qui tournoie et m’aspire dans une foule de mots, un ouragan de sensations perçues à la dérobée, sans repères ni certitudes. Éphémère est l’existence lorsqu’elle n’a aucun sens. La tragédie se noue. Je fixe les étoiles, les atteins du regard et rêve. Je ferme les yeux. Les mots s’écrivent sous mon regard médusé. Chaque nuée d’étoiles est une lettre, chaque galaxie un mot. Quand retentit une phrase, je ressens tout un univers qui s’ouvre. Un univers où je me sens libre, où se dessine le pourtour de ton corps. J’ouvre les yeux. Tu es encore là, immobile sur le plafond, telle une diva. Tu scintilles, me guides, me parles, me transmets ta lumière en de lointaines caresses. Mon corps lâche prise. Une danse amoureuse, en orbite, nébuleuse, jusqu’à voler en éclat. Je me demande encore combien de temps tu vas m’ignorer. Tout autour de toi, je découvre un jardin d’éden étoilé, vêtu d’une végétation luxuriante, ivre de frénésie, de refrains posés sur ta fleur blanche qui agite ses branches et brille loin, si loin de moi, à des années-lumière…

« O mon étoile
Toi qui consoles mes malheurs
Toi qui fais battre mon cœur

« O mon étoile
Toi qui es mon firmament
Toi que j’aime éperdument »

TEXTE DE JULIETTE LOUBESSISILDepuis le début du temps j’attends Éclaboussée des saisons qui me parent Enveloppée de nuit Je rejoue l’éternité des fleurs et du feu Celle des ventres qui s’arrondissent Du lien frêle qui se tisse Des cicatrices d’un velours douloureux...

TEXTE DE .JACK ALANDATerre de nos vices – dans le creux de tes vallons ton désir ardent, souverain, si généreux, embrase et dissout le temps.

TEXTE DE MANUEL RAZAFINDRABE  20 20Lespugue, Laussel et Dolní Věstonice Ont longtemps célébré la rondeur de tes seins, L’arc de tes cuisses et la douceur de tes reins. Berceau archaïque de notre humanité, Ton ventre fécond a plusieurs fois engendré Des rêves...

TEXTE DE EVE CORNET  LA MUSE Un jeune homme a écrit un poème pour une fille qui fêtait ses seize ans : « Tel le dit Elohim, Eve naquit d’un(e) côte Et menée par la vie, sa jeunesse envolée A vivre ainsi sa vie elle fut amenée Sans que la vague pousse aux récifs de la...

TEXTE DE DAVID WICKER  Scarifié, sacrifié mais debout. Existence toujours vacillante qu’un seul battement met en route. Corps prêt à faillir, à s’échouer, à disparaître. Peut-être ? Abîme au bord duquel se dépose un temple de chairs en couleurs. Que cachent ces...

TEXTE DE ISAURE BOUSSEYROUX Sous des avalanches de brume, je m’indiffère Au Requiem grégorien et austère. La sphère Qui tourne comme un doux disque mécanique. Celui-ci accroche mes griffures cyniques. Là-haut sur le trépied de l’espérance Des scarifications exquises...

TEXTE DE NICOLAS BENDRIHEN La fleur qu’on a soufflée Se pose, hésite, s’envole à nouveau. Fin de l’été.

TEXTE DE VALÉRIE SCHLEESous les frondaisons, le périple des peaux. Dans l’inclémence des remparts, l’ombre rechigne. Glaner le dénuement, froisser le spectacle du matin entre nos mains. Se manifester dans la lumière, les yeux accrochés au fourreau du désir. Effroi de...

TEXTE DE PASCALE DRIGUEZ * Car rien ne fait naufrage ou ne se plaît aux cendres. Et qui sait voir la terre aboutir à des fruits, Point ne l'émeut l'échec quoiqu'il ait tout perdu. Je suis née du fond du fleuve Amazone Avec les miens animaux et humains Les bras du...

TEXTE DE ANTOINE VETRO Je suis Raechel. Au village on m’appelle Doctoresse. À l’université, un professeur amoureux de moi, un vieux monsieur dont le corps, chaque matin, semblait s’être reconstitué dans le musée d’anatomie, faisait Shabbat et me disait, Ardente jeune...

TEXTE DE MONIQUE DÉSORMEAUX Rêves Des branches dressées, des bras qui s’élèvent, Droits, rigueur et vigueur, venus des profondeurs du solTels des menhirs celtiques. Deux bras ou branches écartées l’un et l’autre Par un espace hexagonal. Les ailes déployées d’un...

TEXTE DE XAVIER DOUMEN Le moment d’y voir  Ça passe  À perte de vue Choses qu’on oublie  Qu’elles me traînent M’avalent, recraché Le moment d’y croire Le moment d’y croire Ça passe Ça se passe Le spectacle sous nos yeux Se frayer un passage Déverse Le moment d’y...

TEXTE DE CHRISTIAN PASTRE  ELLESource de tout physis des temps premiers force sans norme chair du monde Elle d’avant la distinction chair géante de roche et de feuille mère et fille fille et mère sainte herbe sœur granite Puissance forçant la vie désir emplissant les...

TEXTE DE MARIE-LINE BIASON  ÇA SENT BON LA PLUIEDans ton ventre, ça sent bon la pluie. C’est extraordinaire cette odeur d’humidité fraîche qui se mêle aux souvenirs de la chaleur harassante qui s’évapore enfin, à l’ombre d’un instant qu’on n’attendait plus. Ça sent...

TEXTE DE AMANDINE GLÉVAREC  Je ferme les yeux, je ne suis rien. Je ferme les yeux, je ne suis rien, je suis tout, je suis toi. Je ferme les yeux, je t’entends, toi qui pousses en moi, je t’entends, toi qui vis en moi, je m’entends, moi qui bats en toi, je m’entends,...

TEXTE DE AURÉLIE POMÈS  MAGMA DE SOID'emblée ce qui peut attirer le regard ce sont ses couleurs jaunies, verdies, orangées qui dévoilent un hors champ des "sous" exposées à l'excès en négatif et gorgées de lumière d'un noir ébène à des points aveugles. Quelque chose y...

TEXTE DE VÉRONIQUE VIALADE MARIN  EURIDICEAbandonner la lumière Le rai de clarté La voûte bleue   Quitter la clairière L’herbe folle et rubanée Le jonc aux fleurs aigües   Suivre un cri d’oiseau L’aile d’un papillon L’ombre chenue D’un hêtre   Pénétrer...

TEXTE DE MYA MORIN Allongée sur l’herbe, nue, se dessine sur mon corps, le reflet du ciel. Jeu des nuages sur mon corps au goût de miel, Caresse paresseuse, mélange voluptueux qui s’associe à ma chair Magique comme un miroir, des vagues extraordinaires, Se dessinent...

TEXTE DE DOMINIQUE MARIN  VENUS D'ILLENon, Non, Mérimée n’a pas enfoui sa Vénus d’Ille sous les eaux du Têt des Pyrénées-Orientales.  Non, Isis n’est pas parvenue à retrouver le phallus d’Osiris, son cher époux au corps démembré et noyé dans le Nil. Une image suffit...