TEXTE DE

CHRISTIAN PASTRE 

Corpus Naturae par Sabrina Ambre Biller

 ELLE

Source de tout
physis des temps premiers
force sans norme
chair du monde

Elle d’avant la distinction
chair géante de roche et de feuille
mère et fille fille et mère
sainte herbe sœur granite

Puissance forçant la vie
désir emplissant les ventres
elle qui nous engendre
nous pousse à la fusion

Printemps du monde
germination joyeuse
poussée du vivre
opulence du plaisir

Chair d’avant les mots
d’avant les points et d’avant les virgules
mère de tous et de tout
saveur de peau de l’être

Belle de la belle époque
aux plis de pierre
enlacés de lierre
sous la dentelle du lichen

Géante endormie
femme falaise
d’où sourd le frais nectar
de secrètes fissures
ourlées de mousse

Femme flamme femme fleur
épousant notre corps
enserrant nos murmures
dans son drapé de liane

Vénus dans le feuillage
provoquant le frisson
éclosion du bourgeon
dans le matin du monde

Au sein du verger nouveau
la ronde des opulences
offre des pommes luisantes
à l’innocente morsure
des bouches délivrées du péché

Soumise à l’érosion silencieuse
elle perd sans drame
confiante dans l’infini
que son maintenant perpétue
de l’éclosion au retour à l’humus

De ses plis jaillit la lumière
son éclat de vie et d’esprit
la blancheur de son sourire
la clarté du regard insondable

Esprit de chair
voie du corps assumée
sœur en désir et en verbe
femme vie et lumière
étoile amante amie

TEXTE DE JULIETTE LOUBESSISILDepuis le début du temps j’attends Éclaboussée des saisons qui me parent Enveloppée de nuit Je rejoue l’éternité des fleurs et du feu Celle des ventres qui s’arrondissent Du lien frêle qui se tisse Des cicatrices d’un velours douloureux...

TEXTE DE .JACK ALANDATerre de nos vices – dans le creux de tes vallons ton désir ardent, souverain, si généreux, embrase et dissout le temps.

TEXTE DE MANUEL RAZAFINDRABE  20 20Lespugue, Laussel et Dolní Věstonice Ont longtemps célébré la rondeur de tes seins, L’arc de tes cuisses et la douceur de tes reins. Berceau archaïque de notre humanité, Ton ventre fécond a plusieurs fois engendré Des rêves...

TEXTE DE EVE CORNET  LA MUSE Un jeune homme a écrit un poème pour une fille qui fêtait ses seize ans : « Tel le dit Elohim, Eve naquit d’un(e) côte Et menée par la vie, sa jeunesse envolée A vivre ainsi sa vie elle fut amenée Sans que la vague pousse aux récifs de la...

TEXTE DE DAVID WICKER  Scarifié, sacrifié mais debout. Existence toujours vacillante qu’un seul battement met en route. Corps prêt à faillir, à s’échouer, à disparaître. Peut-être ? Abîme au bord duquel se dépose un temple de chairs en couleurs. Que cachent ces...

TEXTE DE ISAURE BOUSSEYROUX Sous des avalanches de brume, je m’indiffère Au Requiem grégorien et austère. La sphère Qui tourne comme un doux disque mécanique. Celui-ci accroche mes griffures cyniques. Là-haut sur le trépied de l’espérance Des scarifications exquises...

TEXTE DE NICOLAS BENDRIHEN La fleur qu’on a soufflée Se pose, hésite, s’envole à nouveau. Fin de l’été.

TEXTE DE VALÉRIE SCHLEESous les frondaisons, le périple des peaux. Dans l’inclémence des remparts, l’ombre rechigne. Glaner le dénuement, froisser le spectacle du matin entre nos mains. Se manifester dans la lumière, les yeux accrochés au fourreau du désir. Effroi de...

TEXTE DE PASCALE DRIGUEZ * Car rien ne fait naufrage ou ne se plaît aux cendres. Et qui sait voir la terre aboutir à des fruits, Point ne l'émeut l'échec quoiqu'il ait tout perdu. Je suis née du fond du fleuve Amazone Avec les miens animaux et humains Les bras du...

TEXTE DE ANTOINE VETRO Je suis Raechel. Au village on m’appelle Doctoresse. À l’université, un professeur amoureux de moi, un vieux monsieur dont le corps, chaque matin, semblait s’être reconstitué dans le musée d’anatomie, faisait Shabbat et me disait, Ardente jeune...

TEXTE DE MONIQUE DÉSORMEAUX Rêves Des branches dressées, des bras qui s’élèvent, Droits, rigueur et vigueur, venus des profondeurs du solTels des menhirs celtiques. Deux bras ou branches écartées l’un et l’autre Par un espace hexagonal. Les ailes déployées d’un...

TEXTE DE XAVIER DOUMEN Le moment d’y voir  Ça passe  À perte de vue Choses qu’on oublie  Qu’elles me traînent M’avalent, recraché Le moment d’y croire Le moment d’y croire Ça passe Ça se passe Le spectacle sous nos yeux Se frayer un passage Déverse Le moment d’y...

TEXTE DE JULIEN BRUN  « Un souffle s’envole Silence Errance Une caresse frivole » L’obscurité s’empare du ciel. Mes yeux se ferment. S’ouvre un monde invisible, peuplé de formes mouvantes, indécelables. Un monde empli d’offrandes, constellé de paradoxes où les mots...

TEXTE DE MARIE-LINE BIASON  ÇA SENT BON LA PLUIEDans ton ventre, ça sent bon la pluie. C’est extraordinaire cette odeur d’humidité fraîche qui se mêle aux souvenirs de la chaleur harassante qui s’évapore enfin, à l’ombre d’un instant qu’on n’attendait plus. Ça sent...

TEXTE DE AMANDINE GLÉVAREC  Je ferme les yeux, je ne suis rien. Je ferme les yeux, je ne suis rien, je suis tout, je suis toi. Je ferme les yeux, je t’entends, toi qui pousses en moi, je t’entends, toi qui vis en moi, je m’entends, moi qui bats en toi, je m’entends,...

TEXTE DE AURÉLIE POMÈS  MAGMA DE SOID'emblée ce qui peut attirer le regard ce sont ses couleurs jaunies, verdies, orangées qui dévoilent un hors champ des "sous" exposées à l'excès en négatif et gorgées de lumière d'un noir ébène à des points aveugles. Quelque chose y...

TEXTE DE VÉRONIQUE VIALADE MARIN  EURIDICEAbandonner la lumière Le rai de clarté La voûte bleue   Quitter la clairière L’herbe folle et rubanée Le jonc aux fleurs aigües   Suivre un cri d’oiseau L’aile d’un papillon L’ombre chenue D’un hêtre   Pénétrer...

TEXTE DE MYA MORIN Allongée sur l’herbe, nue, se dessine sur mon corps, le reflet du ciel. Jeu des nuages sur mon corps au goût de miel, Caresse paresseuse, mélange voluptueux qui s’associe à ma chair Magique comme un miroir, des vagues extraordinaires, Se dessinent...

TEXTE DE DOMINIQUE MARIN  VENUS D'ILLENon, Non, Mérimée n’a pas enfoui sa Vénus d’Ille sous les eaux du Têt des Pyrénées-Orientales.  Non, Isis n’est pas parvenue à retrouver le phallus d’Osiris, son cher époux au corps démembré et noyé dans le Nil. Une image suffit...